Prends cette main « Prend cette main qui a beaucoup servie, fais un pansement autour… Entoure ce corps qui a donné la vie, avec les brassières de survie » ---  --- |
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Les Plages d’Agnès, plus qu’un film, est une leçon de vie, d’optimisme et d’humanité. Agnès Varda nous interpelle, nous invite à vivre ou revivre avec elle des instants précieux mis bout à bout. La cinéaste, la documenteuse, la voleuse d’instantanés, la femme la mère. Ni album de souvenir, moins encore un herbier, les pages d’Agnès que l’on tourne compose un grimoire unique, dont liberté, sincérité, abnégation à son art, humour et simplicité d’âme sont les mots clefs. Elle se livre plus que par le passé, truculente, émouvante, amoureuse, splendide ! Jeu de miroirs et de prismes, les plans s’enchaînent, se croisent et livrent la matière : une vie. |
Période bleue
« Mon souvenir se fait le tri, mettant autant de bleu que de gris. De belle images de nous en Bretagne et qui posent. Et je creuse su la plage, je trouve partout ton image… T’es n’es pas là et le feuilles s’amusent dans le vent, embarquant les papiers blancs… Je trie comme quelqu’un qui perd les pages, il y a du vent sur les plages. Et c’est vrai l’autre soir j’ai failli te ranger dans un bouquin noir ». | Certains s’accrochent à la terre, pour se rassurer, terre d’enfance, terre d’asile, terre promise… mais six pieds sous terre tout apparaît comme terre à terre. Agnès aime les plages, paysage évoluant sans cesse à la stabilité incertaine. Comme une vie dont le terme est aussi illusoire qu’un tas de sable, que le vent du futur viendra désagréger, laissant les souvenirs à l’esprit 
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A la grâce de toi Pourquoi la grâce de toi me frappe ensommeillée ce soir. Ton visage les yeux clos me rappellent toi dans mes bras. Pourquoi je te vois courir comme au ralenti. Et les rires ont un écho des plages de l’oubli… Pour caresser une fois encore et comprendre la beauté de cette complexité du corps trop faible pour nager. Au contre courant la vie envoie des vagues imprévues de mélancolie ».
| Agnès est une femme tombée en amour pour la vie, Jacques Demy hante son film comme il hante sa vie. De photos joyeuses en bout de films, de mots en larmes, son absence la torture admirablement, il vit encore par elle et pour elle. Jacquot de Nantes était l’homme, son homme emporté trop vite par une saloperie, un virus qui a éteint une certaine forme de vie. SIDA bitude, caché, elle met à jour le combat qu’il a mené, ainsi que ses proches. Larme à gauche, douleur à droite, les spectateurs que nous sommes sont effondrés par cette scène qui résonne déjà comme un florilège. 
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Madame Tu m’as dis madame, ça me fend l’âme… Suis plus une fille ni garçon joli, femme de compagnie, compagnon d’un parti pris pas à vendre ni à acheter. De prix tant pis pour la mythologie.
| Agnès et son éternelle allure de garçonne s’est imposée à la vie autant qu’en matière artistique, femme de passion, égérie d’une nouvelle vague, elle craque pour les beaux yeux de Godard et n’en oublie pas les autres copains dont Resnais. Elle a imposé un style, le sien qui la porte du film le plus conventionnel à l’expérimental avec toujours autant d’intelligence. Libre, couverte de prix, elle avance se moquant d’une carrière en s’attachant à son œuvre. Agnès, avec toit mais loi, elle déteste les dogmes. |
14 février J’ai peine dans la région de l’espoir, déplacés les au revoir. ---

| Autre temps fort du film, Agnès égrène ses amis disparus autour d’une exposition à Avignon. Les Vilar, Gérard Philippe, Noiret, Monfort… Tassée, recroquevillée, elle parle à sanglots à peine étouffés, comme celle qui reste et le regrette. On pense à La chambre verte, où Truffaut évoque le fait de connaître plus de morts que de vivants… Une vie qui a filé.
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Enfants d’hiver Epaves de promesses enfantines, les lèvres mauves, les plages noires, j’ai passé mes nuits à nous regretter. Il y a un pays, invérifiable, inaccessible comme les morts, j’ai passé ma vie à le rechercher comme un film en super 8, je ré embobine ma vie ».
| Le deuil est omniprésent, salutaire, car jamais Agnès ne se sépare de son optimisme, de son mordant. Si elle daigne regarder en arrière, c’est plus pour extirper la quintessence de la vie. L’enfance, le couple, les films, les rencontres tout participe à forger un avenir certes restreint mais fervent. 
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Il fait nuit « Mais qui est moi ? Rien qu’une mémoire fait sur mesure, souvenirs salés, les jours ternissent aux marées basses » | Agnès, elle le dit elle-même, comme les personnes âgées (80 ans et aussi vive qu’une ado) perdent la mémoire. Ses plages impriment ses souvenirs, contre vents et marées, ils s’inscrivent à jamais sur les sables. |
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Pourquoi
« Pourquoi je vis toujours, trainant en retard, pudique émois, trop peur de clamer c’est toi mon amour »
| ---- Jacques, Demy-dieu, Demy-maître

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Je suis au bord de la fenêtre « Je suis au bord de la fenêtre, laisse moi entrer… J’ai tout fais pour me faire remarquer, pour que tu ouvres ta fenêtre, me permettant d’entrer sans même que tu me vois, visiteur clandestin ».
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| Agnès Varda, sans avoir l’air d’y toucher ou presque, s’est imposée depuis plus d’un demi-siècle comme l’un des piliers du cinéma international. Toujours ludique, parfois grave, elle embarque son petit monde dans ses voyages, dans ses pensées. Ses films sont des éclats de vie, des murs murs passionnés, les fruits d’une glaneuse d’images, la plume acérée, la pointe courte et tellement étoilée. Une demoiselle qui a fêté ses 80 ans et dont l’éternelle jeunesse nous ravit. ---  |